Archives de Catégorie: Edito

Morpho présélectionne cinq candidats au rachat

Selon Reuters, Gemalto, Oberthur via le fonds Advent et trois financiers seraient les heureux présélectionnés pour racheter Morpho, la filiale sécurité de Safran. Les cinq prétendants proposeraient plus de 2 milliards d’euros pour reprendre la partie Safran Identity & Security.

Les trois fonds à l’affut retenus seraient KKR, Bain Capital et CVC. En 2015, ces trois fonds ont été classés dans les 20 plus gros fonds d’investissement du monde qui ont levé pas moins de 332,7 milliards de dollars. Autrement dit plus que le PIB de la République Tchèque, estimé par la Banque mondiale à quelque 320 milliards de dollars.

Dans ce classement dominé par Carlyle de Washington avec 31,91 milliards de dollars levé depuis 5 ans, KKR (Kohlberg Kravis Roberts), américain installé à New York, est numéro 3 avec 29,11 Mds $. CVC de Londres se place en 6e position avec 21,18 Mds $ et Bain Capital de Boston en 10e position avec 14,57 Mds $. A noter que l’on ne trouve aucun Français ni même européen (mis à part le Suédois EQT Partners) dans ce palmarès. Quant à TPG, l’américain qui s’est emparé de Gemplus et a créé Gemalto, il figure en bonne place en 2e position avec un capital levé de 30,33 Mds $.

Toujours selon Reuters, les cinq prétendants auraient acceptés de verser plus des 2 Mds € demandés par Safran. Avec Gemalto dont le cours en Bourse s’est effondré et Oberthur qui a raté son introduction dans le même bourse, les trois fonds paraissent en position de force pour une surenchère.

Reste l’Etat. Avec 15,39% de son capital et environ 23,9% des droits de vote, auxquels il faut ajouter les 13,5 % détenus par les salariés qui disposent de 19,8 % des droits de vote, il peut jouer un rôle important dans le choix de Safran. Mais quel choix ? Entre le néerlandais Gemalto, l’américain Advent propriétaire d’Oberthur, ou les trois fonds anglo-américains ? Un choix Cornélien.

La question qui se pose est de savoir à quoi sert de créer des agences, des politiques sur le numérique si on laisse filer à l’étranger des pépites comme Morpho ?

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Apple Pay : le début de « l’intercartérité » française ?

Apple Pay l'intercartéritéIls sont trois. Chiffre symbolique. Bien sûr, ils n’ont rien de commun avec les trois dieux de l’Olympe qui se sont partagés le gouvernement du monde, ni avec la trinité, mais ce trio apporte une nouveauté, du moins en France : c’est la première fois que trois émetteurs de secteur d’activités différents apparaissent sur un même instrument de paiement.

Caisse d’Epargne, Carrefour Banque avec Pass pour les magasins Carrefour, Edenred avec Ticket Restaurant représente la nouvelle forme d’interbancarité nouvelle formule. Avec la différence que celle de 1984 avait été « inventée » par les banques françaises, alors qu’aujourd’hui on doit se référer à Apple et bientôt à Samsung. Mais en réalité, il s’agit plutôt d’une « intercartérité » qui réunit des émetteurs de secteurs d’activités différents et dont l’objectif premier est le paiement. Mais cette « intercartérité » pourrait réunir tout émetteur de cartes de paiement et de services comme les cartes des pétroliers, les cartes de club et pourquoi pas la carte Vitale, la carte transport… J’en passe et des meilleures.

En réalité, tout cela prouve que la carte plastique personnalisée à de beaux jours devant elle, à moins que les émetteurs aient l’idée saugrenue de couper le cordon ombilical qui les lie à leurs clients et usagers.

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Apple Pay ou l’incohérence bancaire

En acceptant de diffuser Apple Pay, la BPCE justifie pleinement la décision européenne de limiter le pourcentage de la commission d’interchange. Ce qui n’est pas dans la ligne politique de Cartes Bancaires. C’est ce que j’en conclue en apprenant que le groupe Banque Populaire, Caisse d’Epargne accepte de céder la moitié de sa commission au fabricant Apple Pay.

L’incohérence vient de ce que les banques françaises, mais le phénomène est le même dans d’autres pays, aident la firme à la pomme à mettre en place non seulement une nouvelle marque d’acceptation, mais également prennent le risque de poser les fondations d’une nouvelle marque d’émission.

En ouvrant ses terminaux de paiement à Apple Pay, la BPCE fait entrer le loup dans la bergerie. Aidé aussi par le groupe Carrefour qui justifie sa décision par l’innovation en déclarant que « L’arrivée de ce service est une nouvelle étape dans la stratégie de Carrefour en matière d’innovation ». Le service est développé en coordination avec Carrefour Banque qui recense 2,5 millions de clients. On comprend mieux l’intérêt pour Carrefour lorsqu’il précise qu’il s’agit « d’associer intelligemment le paiement à la fidélité et au couponing dans l’univers de Carrefour » dixit le communiqué de presse.

Il est vrai que tout paiement se termine par une transaction bancaire, augmentant ainsi les revenus de la banque. Mais, les petits revenus ne font pas toujours les grosses marges bénéficiaires pour les banques. En revanche, elles peuvent faire celles des prestataires surtout lorsqu’il s’agit des GAFA.

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Cartes bancaires : la fin de la souveraineté en Europe

Les réseaux internationaux MasterCard et Visa peuvent savourer leur victoire, ils pourront gérer également les transactions par carte bancaire réalisées en France. En application du règlement européen qui donne, depuis le 9 juin 2016, autrement dit jeudi dernier, aux commerçants et aux utilisateurs le droit de choisir le réseau qui va assurer le traitement de leurs opérations. Ce règlement concerne la bagatelle de plus de 57 milliards de transactions produites chaque année en Europe. Sur ce total, les membres de l’ECPA (European Card Payment Association) en traitent quelque 43 milliards, soit 75 % du total en nombre de transactions et en valeur.

Le leit motiv de la commission européenne et du Parlement est de déclarer agir pour le bien des consommateurs. On se demande en quoi, le fait de choisir le réseau de cartes bancaires de son choix est une avancée remarquable dans le service rendu au consommateur. Faut-il rappeler que pour avoir le choix, il faut pouvoir le faire en connaissance de cause. Or, quel est le titulaire de carte qui sera capable de distinguer MasterCard de Visa. Il choisira Visa ou MasterCard selon le logo qui figure sur sa carte bancaire. Quand au paiement à distance, très peu choisisse le logo CB.

Aujourd’hui, 90 à 95 % des transactions réalisées par les européens sont traités par les schemes nationaux. C’est du moins le cas de Carte Bancaire en France. Demain, il y a fort à parier que les chiffres soient inversés en faveur des réseaux internationaux.

Alors, il est évident que les réseaux, afin d’attirer les titulaires de cartes, redoubleront d’effort pour proposer des avantages, des cadeaux sous forme diverses aux titulaires nationaux. Ils en ont les moyens. Il est fort probable que le budget de communication des réseaux soit nettement, très nettement supérieur à celui des treize membres de l’ECPA.

En clair, par la force de frappe des deux réseaux internationaux, le titulaire de carte pourra y gagner ce que l’Europe y perdra en souveraineté.

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René Barjavel : le retour !

Wearables, c’est le dernier mot à la mode. Qui n’a pas son wearable, montre, bracelet, et depuis quelques années la bague. L’idée de cette dernière permettant le paiement n’est pas nouvelle. En 1967, René Barjavel publie « la nuit des temps ». Il décrit la vie de la cité Gondawa perdue dans la nuit des temps et d’une civilisation très avancée. A l’âge de 7 ans, les jeunes Gondas recevaient une bague qui leur permettra tout au long de leur vie de se nourrir, se loger, se divertir. Ils leur suffisaient à chaque fois de placer leur bague dans le lecteur du point d’acceptation.

Cette idée de romancier d’anticipation a été le point de départ de l’industrie du paiement électronique en France. Puis, après l’épisode la maquette de Roland Moreno qui a mis en scène cette idée, elle fut vite abandonnée par les équipes de Honeywell Bull qui deviendra Bull par la suite. Certains ont réussi à « faire maigrir » le composant électronique pour le « faire entrer » dans une carte plastique normalisée à 07 mm d’épaisseur. Un véritable exploit qui fut démultiplié par l’équipe dirigée par Michel Ugon assisté de Michel Hazard, qui a mis au point le SPOM (Self Programmable One Chip Memory), l’actuelle carte à puce.

Citons aussi Louis Guillou, le cryptologue de l’ancien Cnet qui a apporté une forte sécurité et Marc Lassus, le sémillant et globe trotter patron de Gemplus.

Aujourd’hui, c’est le retour des bagues que René Barjavel n’aurait sans doute pas reniées.

Grande première, Visa offre une bague de paiement permettant le paiement sans contact (page 2). D’autres « jeunes pousses » se sont lancés dans l’aventure. En France, deux jeunes français sont sur la piste à la recherche d’un partenaire bancaire avec le projet Icare.

Gemalto a fourni la puce sécurisée à Visa et Oberthur Technologies à China Union Pays. Ca commence à devenir sérieux.

Moralité : contrairement aux multi-applicatif promu par les tenants du smartphone, certains ont compris que le succès de la carte à puce est qu’elle réalise une seule fonction à la fois hautement sécurisé et qui séduit des milliards d’individus dans le monde. La bague semble reprendre ce principe gagnant.

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Les technologies au service de l’industrie du futur

 

Une nouvelle étude « Technologies clés 2020, préparer l’industrie du futur » a été remise par Philippe Varin, président du cercle de l’industrie, à Emmanuel Macron. Cette volumineuse étude de 640 pages passe en revue « 47 technologies stratégiques pour la compétitivité et l’attractivité de la France et les opportunités à saisir pour conquérir de nouveaux marchés » précise le communiqué. Et de citer les applications dans les domaines de l’habitat, de la sécurité, de la santé et du bien-être, de la mobilité, de l’énergie, du numérique, ou encore des loisirs et de la culture.

En revanche aucun chapitre ou paragraphe, ni la moindre ligne, n’a été consacré à l’industrie financière et des systèmes de paiement. Sauf dans la rubrique « sécurité » où sont cités les grands industriels des systèmes de paiements et des cartes bancaires, le Gie Carte Bancaires ainsi que Natural Security Alliance qui bénéficie là d’une bonne promotion en étant cité en exemple.

Dans les facteurs clés de succès de l’activité sécurité, l’étude estime que « la réussite des technologies de l’authentification forte de demain réside dans la démocratisation de la biométrie ». On ajoutera volontiers : raison de plus pour garder Morpho dans le giron Français.

Il ne reste donc qu’un an pour que le gouvernement décide la mise en place d’un système national d’identité biométrique. D’autant que, semble-t-il, une loi avait été votée en 2012. Il suffirait donc de rédiger les décrets d’application en y ajoutant le volet biométrique… Et de tenir compte de l’avis du récent rapport de la Cour des Comptes de janvier 2016 dans ses recommandations sur les services publics numériques qui « invitait les pouvoirs publics à « réétudier l’opportunité de développer une carte nationale d’identité électronique ».

En évitant la plume d’oie des « sages » du Conseil d’Etat.

Rapport de la Cour des comptes https://cdn2.nextinpact.com/medias/20160204-rapport-relations-usagers-modernisation-etat.pdf – recommandations en page 14.

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Sécurité française : le temps de la bourse

A l’heure où les polices et les autorités de défense du monde entier se demandent comment détecter le plus rapidement possible un « fait anormal » tant dans les infrastructures critiques, les secteurs d’activités d’importance vitale (SAIV), que dans la vie courante, le président de Safran s’est séparé de Morpho Detection, sa filiale américaine « pour une valeur d’entreprise de 750 millions de dollars (493 millions de Livres) ». L’heureux élu est la société Smiths Group (23 000 personnes dans 50 pays). Son directeur-général Andrew Reynolds Smith, a bien compris l’enjeu en déclarant : « Les menaces pesant sur les personnes et les infrastructures sensibles à travers le monde ne cessent d’évoluer, devenant plus complexes et sophistiquées. Garantir la sécurité des individus et le bon fonctionnement du monde exige de pouvoir compter sur des technologies de pointe et des solutions aux coûts maîtrisés »

Dans le cadre des questions au gouvernement du 6 avril 2016, Jacques Myard, Député Les Républicains s’adressait aux ministres de la défense et de l’économie en ces termes :

« Morpho, c’est 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 8 600 collaborateurs. La vente envisagée s’effectuerait à des groupes anglo-saxons. Rien que ça, alors qu’il y a des solutions françaises !
 » déclarait le 6 avril Jacques Myard, député les Républicains dans le cadre des questions au gouvernement. Et d’ajouter : « Mais, plus scandaleux encore, cette cession serait destinée à faire monter le cours en bourse de Safran, avec un gain juteux pour certains dirigeants. Incroyable ! ».

Réponse du Ministre Jean-Yves le Drian « l’entreprise Morpho, ne fait pas partie du périmètre de la Défense… ». Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter : « nous avons les moyens, grâce au décret relatif aux investissements étrangers soumis à autorisation préalable – dit « IEF » –, d’assurer la sécurité de nos intérêts. Nous avons reçu les responsables et nous prendrons prochainement une position sur le sujet en portant la plus grande attention à nos intérêts et à notre souveraineté ».

Rien ne serait donc définitif. D’autant que l’acquisition devrait être finalisée en janvier 2017.

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